Camel Arioui et Métisoléa, trop contagieux !
janvier 26th, 2010 by La Pépée
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Je n’ai rien posté de longue sur la page de mes émotions. 2009 qui s’achevait sentait la montée des petites haines ordinaires, bien orchestrées par un nationalisme déviant qui ne dit pas son nom. On parle ici et là, et là encore, de cette nationale identité brandie par nos élus pour diviser chaque jour un peu plus les hommes entre eux. Et puis, il y a eu 2010 et l’aube blanche de la douleur et de l’horreur en Haïti. Je n’avais plus le goût de rire, ni même de célébrer la vie.
Pourtant, ce samedi, j’ai entendu Camel Arioui, et l’espoir est revenu. Il a déboulé même, comme la joie contagieuse qui émane du bonhomme et de sa guitare. Camel et ses poteaux, les zicos électriques de Métisoléa, m’ont offert leur identité internationale et je me suis sentie très fière d’être de ces français qui aiment, qui partagent et qui voient en l’autre avec toutes ses différences, une richesse, une multiplication, et non une menace, une soustraction.
Il a la bouille ronde de ceux qui n’en finiront jamais de grandir. Un zeste d’enfance dans le regard et dans la voix, qui envahit aussi la salle avec sa fraîcheur inouïe. Les accents du sud qui promènent leurs élans dans les « con-so-nneu-fi-na-leu » allègent encore le poids de toute une vie de galère qui perce à travers ses mots. Camel Arioui, comme Métisoléa, sont résolument positifs.
Ce n’est pas la vie justement, qui lui fera courber le dos et les mots, lui qui a appris à les mettre en ordre, à les faire chanter et même danser, sur le tard, quand les égarements de la post adolescence l’ont enfermé jusqu’à plus peur. Aujourd’hui Camel Arioui est un grand. Oh pas encore un qui fait dans l’or et la platine des disques vendus à tour de bras, mais un qui bouleverse, chamboule et chamade tout sur son passage.
Qu’il rencontre des collégiens en atelier d’écriture, ou qu’il plante sa fierté joyeuse dans le regard d’un sceptique, c’est toujours le même scénario. On est saisi aux tripes, on s’accroche au sourire d’en face comme à la bouée qui vous ramène à la joie, et on rentre chez soi en sifflotant les premières mesure de la fiancée du Bosco ou de Jahanara.
Les textes de Camel caressent les sentiments humains, avec des accents canailles, un air musette, et des tonalités arabo-andalouses qui rendent les absences, les hommages et les amours plus belles. Sa mélancolie est harmonie, ses souvenirs poésie. Camel Arioui écrit comme un très grand, avec de l’humour, des rimes, et un je ne sais quoi d’indéfinissable entre sensibilité extrême et dérision. Il chante la vie, il la célèbre même sans jamais quitter votre regard qu’il vrille au sien pour nourrir ses élans, pendant que crie sa guitare.
Sur scène, ses mots sont éclairés par le violon exalté d’Emilie Moutet, petite tâche de lumière qui souligne avec une énergie romantique les accents d’amour qui irradient et chauffent les cœurs d’en face.
A ses côtés aussi, de temps en temps, 3 garçons dans le vent voyagent sur le même courant chaud qui mêle toutes les sonorités et toutes les poésies. La fusion « électro-flamenco » des exaltés de Métisoléa fondent leur énergie dans celle de l’électron très libre qui brille sur le devant de la scène. On entend Brel, et Cabrel. On voit Piaf et on devine Paco de Lucia et Tony Gatlif.
Camel slame, scande, entonne et étonne, et sa voix arrache des trésors enfouis du fond de nos émotions. En l’écoutant j’ai eu quinze ans de nouveau ; Des fleurs dans les cheveux et des amours dans le cœur. Et le matin suivant, je me suis encore réveillée avec le même sourire vissé sur l’humeur. Qu’est-ce-que je l’aime sa « Daronne », et qu’est-ce-que j’aimerais être la « fille au cœur Hissez haut », forcément trop trop belle et généreuse ! Camel Arioui a l’urgence de la vie, un bien contagieux. Me suis laissée faire, et je n’en reviens toujours pas ; Merci Camel !
J’ai donc fouetté mes souvenirs, et j’ai beaucoup chanté en écoutant Camel. Et le cœur tout réveillé, m’en suis allée découvrir de plus près ces garçons habités, complètement transcendés sur scène, qui semblaient animés par les accents de vie de Camel Arioui.
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A la ville des sons, quand ils n’accompagnent pas leur pote Arioui, Alex, Paul et Bilou fusionnent leur passion électro rock, flamenco et hip-hop avec Marc, Simon, Laure et Julien. Rien que des sages prénoms touchés par la foudre quand ils sont sonorisés. Métisoléa a bien choisi son nom. Solaires, métissés, ils le sont assurément. Il y a une telle énergie qui se dégage de ses flows (flots ?) ordonnés avec une grande technique qui réinvente le rythme flamenco, entre Amérique Latine et Afrique, mi kuduro, mi gypsie, sur fond de hip-hop et de voix cassée par les plaintes espagnoles.
Je suis Afrique, Espagne et France. Métisoléa est probablement la musique qui parle le plus à mon âme, et à mes pieds aussi, car il est bien difficile de rester sage sur sa chaise quand tourne en boucle dans mon salon la « Forêt des songes » des allumés du rap flamenco-rock, ou la « Mar de manos » dont on ne ressort qu’en dansant jusqu’à l’épuisement.
« La chute et l’envol.2 », leur second album, a été produit par Stephan Kraemer, également complice de Pleymo, Yann Tiersen, Jack the Ripper… C’est un bijou fragile ; Pas comme les pierres « qu’elles brillent et qu’elles coûtent cher » ! Non, précieux comme la nitro ! Tu la secoue, ça pète papa ! Ça t’explose le tempérament grave !
Métisoléa ne lésine pas sur la complainte : on t’en fous plein les oreilles du métissage ! On en sait plus où donner du tympan ni du reste d’ailleurs, tant leur musique parle aux cinq sens. Ça tape dans les veines, ça pulse dans le ventre, ça donne faim et soif, ça excite et ça réveille toutes les sensualités. Et vas-y que je t’envoie la trompette en plein foie, et que la basse te décolle du sol en même temps que les voix scandées et envoyées rauques et percussives à mort directement dans la colonne vertébrale. Tu en redemandes ? Je te scratche ta race mon frère ! J’te la retourne, je te l’emballe de cuivres et d’Andalousie, et je te la rends, lavée par mon flow brother !
On est en transe sensorielle avec Métisoléa, un peu méfiants quand même parce qu’une musique aussi « tripée », ça n’existe que dans les cérémonies Vaudou non ?
Allez, vous reprendrez bien un cocktail Camel/ Métisoléa pour une semaine qu’elle va vous décoller la pulpe du front et vous activer la circulation ?
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